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Ramadan et COVID-19 « Le COVID19 nous rappelle que l’humanité est Une et que la condition humaine doit être perçue et vécue par l’ensemble de l’humanité de la même manière », Abdoul Azize kébé

Les Musulmans observent le jeûne du mois de Ramadan dans le contexte du COVID 19. La pandémie a imposé à l’humanité certaines restrictions qui vont impacter les rituels des Musulmans. Abdoul Azize Kébé, Professeur d’Arabe et de civilisations islamiques à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) explique les changements et les nécessaires adaptations. Il répond aux questions de Minielle Baro.

Le ramadan 2020 démarre partout dans le monde. Il se déroule dans un contexte particulier, celui de la pandémie du COVID19. Plusieurs mesures ont été prises dans le monde, notamment celles visant la limitation des grands rassemblements. Leur observance entraine des conséquences sur les prières collectives dans toutes les communautés. Le ramadan est marqué par un regain de ces prières collectives traditionnellement ; cela semble-t-il ne sera pas possible cette année. Par ailleurs on remarque également qu’au cœur de ces pratiques du ramadan il y’a aussi les traditionnels rassemblements au moment de la rupture du jeûne, cela aussi semble sérieusement compromis. Pour vous Mr Kébé, est-ce-que le Ramadan 2020 est un ramadan spécial ?
Oui, effectivement le ramadan de 2020 est un ramadan spécial parce que c’est venu à un moment où tout ce qui est attaché aux rituels musulmans par rapport à ce ramadan-là, est affecté. C’est un ramadan où le monde est sous la contrainte du COVID19, avec un risque de contamination et de propagation important venant des rassemblements. Le ramadan comme vous le savez est également un moment de rassemblement des musulmans dans les lieux de culte, les rassemblements dans les mosquées pour faire les prières de la nuit mais aussi de partage du repas de la rupture. C’est également le moment où les bénévoles proposent dans les rues et les grandes artères de la ville de la nourriture pour les démunis. Donc tous ces éléments-là, si on les analyse, vont aujourd’hui être affectés par le COVID19, tant et si bien que le ramadan va se faire d’une façon plus ou moins sobre par rapport en tout cas à ces manifestations de religiosité et d’élan de solidarité.

Compte tenu de ces nouveautés, comment les musulmans peuvent - ils se conformer à ces obligations religieuses forcément en connexion avec la société, je pense à l’aumône ou aux distributions de vivres par exemple.

C’est vrai que ça va être un peu difficile par rapport à la distribution de l’aumône et des vivres. Maintenant je pense que c’est exactement les ajustements à faire par rapport à la nouvelle situation parce que dans tous les cas les démunis sont encore là dans le besoin et il faut s’organiser pour leur faire parvenir les dons et les appuis qui leur sont destinés. Ce qui fait que les organisations musulmanes aujourd’hui ont l’opportunité de mieux voir leur mode d’opération, de structuration et de mieux s’adapter à des moments d’urgence de ce genre et peut être ce qui les préparerait à des difficultés pareilles et ce qui aussi pourrait les amener à améliorer leur mode d’intervention dans le futur. C’est une difficulté qui est là mais une difficulté qui forcément invite à trouver des solutions pratiques pour résoudre les problèmes.

Selon vous, est-ce-que les organisations musulmanes nationales et les organisations musulmanes mondiales sont d’accord pour mettre en pratique une action globale, dans le cadre de la riposte au COVID19 et du ramadan.
Oui, le COVID19 est une sorte de conciliateur, car il concilie toute l’humanité dans toutes ces diversités, ethniques, religieuses, philosophiques, parce que c’est une réalité qui est là et qui menace ce que nous avons en commun, c’est la vie. Et c’est une menace à la limite démocratique parce que ça touche le plus pauvre des plus pauvres et le plus riche des plus riches. Puisse que c’est une menace qui est partagée par l’ensemble de l’humanité dans toute sa diversité, forcément la riposte va être une riposte commune et cette riposte là ne peut pas ignorer ce que les experts ont dit. Aujourd’hui tous les Etats, toutes les associations islamiques, les associations religieuses en tout cas celles que je connais, sont d’accord sur ce qui est édicté par l’OMS et les experts médicaux et sont en train de mettre en œuvre toutes les mesures qui sont édictées par ces organisations qui sont aujourd’hui les seules à écouter en la matière, en tout cas en ce qui concerne l’aspect médical.

Parmi ceux qui doivent écouter il y’a les populations. Faut-il absolument qu’elles se conforment aux règles qui limitent les rassemblements, y compris les rassemblements religieux ?
Je pense que rien ne peut se faire sans la dynamique de groupe, sans la discipline. La discipline est un élément important dans les moments de mobilisation et aujourd’hui on est dans un moment de mobilisation contre le covid19. La discipline est également un élément important même dans la religion musulmane car la discipline c’est respecter les normes, les valeurs, les protocoles. Si on ne respecte pas les règles on ne peut pas arriver aux résultats escomptés. Je pense donc que c’est nécessaire que les populations puissent adhérer aux protocoles, aux règles et que ces populations-là puissent les respecter. Maintenant il va falloir également qu’à un niveau un peu supérieur, au niveau des autorités politiques et religieuses, au niveau des experts médicaux, au niveau des leaders d’opinions, qu’il y’ait une communication circonstanciée de façon à faire comprendre aux populations les enjeux, l’intérêt qu’il y’a à respecter les règles. Le message s’il n’est pas accepté et si les populations n’y adhèrent pas, il sera difficile de les respecter. Mais également les populations ont besoin de savoir quel est l’intérêt, qu’est-ce qu’ils gagnent à faire tel ou tel acte, à adopter telle ou telle attitude. Donc il y’a un moment de communication important à ce niveau là et il est du devoir des autorités que je viens de nommer, des leaders d’opinions et également des médias, de formuler des messages audibles, compréhensibles et qui pourraient amener les gens à modifier leurs comportements dans cette situation où le COVID19 est une menace pour l’ensemble. Donc non seulement les musulmans doivent accepter et pour leur grande part les musulmans l’acceptent.

Abdoul Azize Kebe, vous êtes professeur d’arabe et de civilisation islamique à l’université Cheick Anta Diop de Dakar, délégué général au pèlerinage aux lieux saint de l’Islam. Vous êtes aussi et surtout penseur et chercheur musulman. Qu’est-ce-que cette pandémie du COVID19 vous dit ?

Je pense que ça c’est une question essentielle parce qu’effectivement le COVID nous dit quelque chose et je pense que la première chose à laquelle je pense c’est que le COVID19 nous ramène à notre unité, l’unité de l’humanité. L’humanité est une et doit rester une devant les moments de joies, devant aussi les moments d’angoisse comme ceux que nous vivons. Le COVID19 nous rappelle que l’humanité est Une et la condition humaine doit être perçue et vécue par l’ensemble de l’humanité de la même manière. Aujourd’hui, nous voyons l’occident avoir peur d’une pandémie, cette épidémie devenue pandémique ; nous voyons des Etats puissants être submergés alors qu’au fond quand nous regardons bien les choses, on voit qu’il y a un pourcentage très infime des populations qui est atteint du COVID19. Ça signifie simplement que quelque part l’humain qui était en chacun de nous et qui dormait, se réveille parce que quelque part dans le monde, l’agrégation de ces pourcentages donne une dimension importante des vies humaines qui sont menacées. Je crois que c’est une leçon importante pour que nous nous retrouvions autour de cette unité de l’humanité, mais également autour de l’unité de l’existence. Nous sommes une humanité qui avons utilisé la nature un peu trop de manière patrimoniale et égoïste. Nous avons aussi vu les catastrophes qui en résultent. Donc il y a une leçon d’humilité, une leçon de solidarité, une leçon de lucidité que nous devons tirer de cette pandémie là. Il y’a aussi d’autres leçons à tirer d’ordre organisationnelles dans nos Etats, dans nos sociétés et de réorganisation de nos priorités. C’est vrai la science est très importante pour nous, la dynamique de la quête du savoir doit-elle se faire alors que d’un autre coté la pauvreté, la misère et la maladie sont des laissés-pour-compte. Est-ce qu’il y’a pas lieu de réorganiser nos priorités de façon à ce que ce qui est humain en nous-même puisse avoir la priorité dans nos politiques publiques. Voilà, il y’a un certain nombre de questions en tout cas qui se posent comme également la solidarité à travers le monde et pour moi en tout cas il y’a des leçons à tirer, des leçons d’humanité, de solidarité et de lucidité par rapport même à notre existence dans cet environnement dans lequel nous ne sommes pas seuls, car il y a aussi d’autres créatures avec qui nous partageons la terre et qui procèdent du système et de son équilibre.

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